BRUNO GOOSSE

“Vous êtes-vous lavé les mains?”

Exposition du 14/11 au 18/12/2021

Vernissage: le samedi 13/11 de 16h à 20h

Ouvert tous les samedis de 14h à 18h (sans rendez-vous): samedis 20, 27/11, 4, 11 et 18/12

 

La proposition de Bruno Goosse réalisée pour l’Eté 78 abordera de nombreux sujets: l’hygiène, l’éducation, le patrimoine architectural, notre rapport à la nature, notre rapport à la norme et à l’éducation, à l’image, à l’imaginaire, au corps également. Plusieurs pistes de réflexion suscitées, esquissées grâce à une création plastique mêlant sculpture, documents d’archives, livres, photographies.

Texte écrit par l’artiste ci-dessous et ci-contre le texte écrit par Anaël Lejeune pour le numéro 85 de l’Art Même.

“Dans la cours de récréation de l’institut de Saint-Ode air et soleil, une carte postale des années trente laisse voir une construction octogonale semblant être un monument ou une fontaine. L’édicule n’apparaît plus sur les documents des années 50. La légende de la carte postale indique qu’il s’agit d’un lave-mains.

L’institut de Saint-Ode air et soleil a été un projet philanthropique mis en place par Louis Empain dès 1932. En même temps qu’il confiait à l’architecte Michel Polak la construction,  à Bruxelles, d’une prestigieuse villa qui porte encore son nom (31-34), Empain lui confiait la réalisation, en Ardenne (Amberloup), d’un vaste internat destiné à accueillir des enfants défavorisés et à leur offrir un mode de vie sain et vivifiant. En 1935 les premiers enfants «issus de familles dont les ressources sont modestes, jouissent d’une cure d’air et de repos fortifiant, d’une alimentation soignée combinée à des exercices physiques sous une sérieuse tutelle médicale » (L’avenir du Luxembourg, 29 mai 1935).

A cette époque — et ce n’est pas sans écho avec la nôtre — l’hygiénisme apparaît comme le seul remède face à l’épidémie qui sévissait alors : la tuberculose. En offrant aux jeunes défavorisés un milieu de vie fortifiant proche de celui qu’offrait les préventorium, le projet d’Empain est inscrit dans son époque. A l’hygiène du corps correspond une hygiène de l’esprit à laquelle Empain s’intéresse tout autant. 

Ainsi il rédigera un ouvrage destiné aux éducateurs et aux parents « nos enfants lisent » destinés à les aider à choisir les bons livres à lire.

L’exposition s’intéresse d’une part au lave-mains qui a disparu. Elle s’intéresse d’autre part à la bibliothèque idéale d’Empain telle que l’on peut l’inférer de son livre et aux classification qu’il y propose. Cette bibliothèque idéale est en voie d’être reconstituée. Elle s’intéresse enfin à l’iconographie que le projet à généré et à la manière dont les enfants y sont mis en scène.

Remarque complémentaire au sujet des logiques de patrimonialisation.

Le bâtiment construit par Polack à Amberloup n’est pas classé. Il est même très peu docummenté, peu connu. A l’inverse de la Villa Empain. Même architecte, même commanditaire, même moment. Si l’on classe des édifices, des paysages, des sites naturels c’est dans le but de les conserver pour les générations futures. C’est une manière d’en prendre soin. Certains bâtiments sont construits dans le but de prendre soin. On dit de ces architecture qu’elles sont fonctionnelles puisqu’elles sont liées à une fonction : prendre soin.  A l’inverse, d’autres bâtiments sont conçus avec une débauche de luxe et de raffinement pour en imposer. Il s’agit d’architecture de prestige, de représentation donc. Les architectures de prestige ne sont-elle pas classées prioritairement à celles qui sont pensées pour prendre soin ?  Le classement, qui prend soin de l’architecture, ne semble-t-il pas mépriser l’architecture qui prend soin des corps ?”

 

Photos: Bruno Goosse / Art Même n°85 (Anaël Lejeune).

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