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Marc Wendelski

 

Samedi 7/11: vernissage de 18h à 21h

Du 8/11 au 5/12: visite sur rendez-vous : info@ete78.com

C’est en 2005 que, pour la première fois, nous avons vu des photographies de Marc Wendelski. Il s’agissait d’un portfolio de six pages dans le premier numéro de la défunte revue « View Photography Magazine ». Onze photos issues de sa série « Nage Libre ». Toutes au format carré, caractérisées par un cadrage rigoureux, des tonalités très douces et des lieux semblant pris sur le vif, des ciels gris ou blancs, parfois des personnages pris au loin. De la douceur presque irréelle, en dehors de notre monde, se dégage de cette série malgré les sujets photographiés : bâtiments, architecture, arbres, chaises vides… Peu ou pas de portraits de face.

En 2014, suite à une exposition personnelle aux Brasseurs à Liège, nous avons découvert un tout autre travail beaucoup plus frontal et politique : « Beyond the forest ». Une série de photographies retraçant la vie et le combat d’activistes essayant de sauver les derniers hectares de ce que fut une immense forêt de 5000 hectares dans la région de Hambach en Rhénanie du Nord. Cette forêt est menacée d’une disparition complète, engloutie par l’exploitation minière de lignite (dont l’Allemagne est le premier producteur mondial). Les clichés pris par Marc Wendelski sont inoubliables : des portraits de plein pied, de face, des images de forêt, des images d’industrie, de mines, de moments suspendus, des moments de vie des activistes.

Les points communs entre ces deux séries importantes « Nage Libre » et « Beyond the forest » sont un cadrage très soigné, des ciels blancs et toujours une certaine douceur. Cependant, le « saut » est important.

Il y avait donc sans doute un « trou », un écart à combler afin d’éclaircir le cheminement passé et le futur de son travail. Nous l’avons dès lors invité à l’Eté 78 afin qu’il revisite ses images, qu’il en montre de nouvelles, qu’il continuer à tracer le sillon et le virage amorcés.

Un engagement plus politique, un souci de l’avenir de notre planète, des sujets plus ancrés dans notre réalité sociale et économique… Le fait d’être devenu père de famille n’est peut-être pas étranger à cette voie.

Le texte ci-dessous, éclairant sa démarche, a été rédigé par Marc Wendelski à l’occasion de cette exposition.

« La pensée unique, le dogme de la croissance, la foi inconditionnelle vouée au progrès technologique et aux valeurs matérielles ont généré, au travers de l’histoire contemporaine, un formatage de nos modes de pensée et de représentation, de nos imaginaires et de nos aspirations.

Cette idéologie qui ne se dit pas, et nous promet une liberté sans conditions (d’échanges, de circulation,…), indépendance et confort matériel, a contribué à asseoir la domination d’un système oligarchique dans lequel médias, classe politique et pouvoir financiers agissent de concert pour maintenir un rapport de contrôle et d’exploitation des individus, des peuples, des ressources naturelles et du vivant.

On réduit ainsi la perception de notre rapport à l’environnement à un catalogue de ressources (humaines, naturelles) dont il convient d’optimiser le rendement afin de nourrir sans discontinuer la machinerie complexe et insatiable du capitalisme mondialisé.

Le système modélise l’environnement, produit des formes, des esthétiques, des plans.

Nos villes, nos architectures, nos environnements de travail, nos rapports sociaux sont faits de cases, de grilles, de tableaux, de toiles et de réseaux centralisés. Notre environnement est objectivable, rationnel, cartésien, carcéral.

Cependant, les multiples crises (économiques, écologiques, politiques) qui ont jalonné les dernières décennies ont contribué à ébranler les mythes fondateurs du modèle occidental et à remettre en cause la foi aveugle que nous voulions jusque-là aux promesses d’avenir du système.

On assiste depuis, à l’émergence de nouvelles formes de dissidences qui veulent réinventer notre rapport au travail, au vivre-ensemble, à la politique et à l’environnement. Des individus, des groupes, des communautés tentent de redessiner, dans les marges, des modèles d’existence qui échappent au conditionnement mondialisé, au formatage culturel, à la dépendance matérielle et à toutes les formes d’aliénations qui nous lient au système.

Dans ces îlots alternatifs, la nature elle-même semble entrer en résistance. Ici, les environnements sont organiques, indéterminés, chaotiques, évolutifs. Ils semblent laisser place aux utopies, à l’irrationnel.

La photographie, quant à elle, est devenue un outil privilégié de la propagande du système. Médium par excellence des médias de masse, de la publicité, elle démontre, établi des faits, donne crédit au discours, matérialise, convainc, séduit,…

Dès lors, pour ceux qui s’opposent à la machine communicationnelle du pouvoir, elle suscite méfiance, voire mépris.

Comment alors explorer des territoires de l’image qui peuvent échapper aux étiquettes, aux catégories et donner à ressentir autant qu’à comprendre ? Comment donner de l’information et documenter ces mouvements du monde sans démontrer, sans être dans le discours ?

Ce sont ces territoires bâtards, intermédiaires, de la photographie, entre évocation sensible et documentation distanciée, entre préoccupations sociales, politiques et parcours intime, entre constats et utopies que je me propose d’explorer ici. L’ensemble présenté m’apparaît comme un brouillon, une ébauche, en réponse à mes interrogations sur l’avenir du monde et sur la manière dont la photographie peut en repenser la représentation et contribuer, pour citer l’ouvrage de Serge Latouche, à décoloniser l’imaginaire. »

 

Marc Wendelski est né à Verviers en 1978. Très jeune, il s’intéresse à la photographie en suivant des cours du soir à l’Académie des Beaux-Arts de Verviers. Il étudia ensuite la photographie à l’institut Saint-Luc de Liège. Il a notamment exposé en 2008 au Musée de la Photographie à Charleroi, en 2011 au Fotomuseum à Anvers, en 2013 aux Brasseurs à Liège et en 2014 à l’Espace Contretype à Bruxelles. Il organise la Biennale de la photographie et des Arts visuels de Liège et travaille pour le Centre culturel de Liège – Les Chiroux. Il est également enseignant à l’ESA Saint-Luc Liège. Ses séries de photographies sont « Nage libre » (2000 – 2008), « Haven » (2008-…), « Dust » (2011), « Beyond the forest » (2013/2014).

www.wendelski.be

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